Jardin d’enfants !

Du haut de ses 4 ans, Lamine le benjamin de notre gardien de maison, passait ses journées à courir derrière sa maman.

Pourquoi n’était-il donc pas scolarisé à l’instar de ses frères et sœurs ? M’étonnais-je un lundi matin. Il n’avait pas encore 6 ans pour commencer l’école obligatoire me lançait son père. Et la maternelle ? Il ne pouvait rester comme ça débitais-je. Le vieux monsieur acquiesçait de la tête. Je me sentais stupide pour le coup face à ma désinvolture. À quelle réponse m’attendais-je d’ailleurs ? Que pouvait-il me dire ? Qu’il était dépourvu de ressources financières nécessaires pour scolariser le petit ?

Figurez-vous que Lamine n’était pas le seul dans ce cas. Lors de mon séjour à Conakry, j’étais constamment au faite de ce genre d’exclusion en visitant plusieurs écoles primaires. Exemple de l’établissement public Koichiro Matsuura. Il y avait cette fillette de 7 ans dans cette classe de première année de cours préparatoire. Elle se prénommait Ciré. À mon entrée dans la salle secondée du directeur, Ciré vêtue de son uniforme carrelé, une baguette à la main, se tenait debout devant le tableau noir. Elle glissait délicatement l’objet sur chaque mot griffonné à la craie blanche et ses camarades aussitôt répétaient le mot indexé. J’étais fière de voir cette fillette emplie de confiance et d’initiative. Car en l’absence de l’institutrice, Ciré s’était proposée pour faire la lecture à ses camarades. Quel entrain ! Quelle maturité scolaire !

Photo par Bright Kwabena Kyere sur Unsplash.

« Le processus de centration s’appliquait difficilement dans une école publique avec des classes d’une quarantaine d’écoliers. Il était quasi impossible de prendre chaque élève dans sa singularité. » Mme Baldé. A, institutrice à l’école Koichiro Matsuura.

Une confidence dont l’institutrice me gratifiait dès son retour. De ce que j’avais compris, ils étaient rares les enfants qui avaient côtoyé l’école pré-primaire. De plus, ce sont eux qui présentaient souvent des lacunes dans l’apprentissage. Certains comme Ciré, avaient une facilité à comprendre rapidement. Car ils avaient fréquenté très tôt des structures d’accueil préscolaires comme le jardin d’enfants avant d’opérer le grand saut à l’école primaire.

Jardin d’enfants ! Balbutiais-je. Cette évocation me projetait dans mon enfance. J’avais fréquenté le jardin d’enfants dès mes 3 ans avant d’entamer mon cycle primaire. Il en était de même pour mes frères et sœurs. J’en gardais encore un souvenir gai et impérissable. Sur l’instant, je repensais à cette vieille photo de groupe prise le jour de la fermeture des classes. Ce jour-là, j’étais habillée d’une jupette bleue, d’une chemisette blanche et mes bras étaient croisés sur ma poitrine. Mamie Odile me tendait le micro et m’encourageait à partager une récitation avec le public de parents venus assister à l’événement. En fait, Mamie Odile était l’éducatrice principale de la structure d’accueil. Elle s’occupait tellement bien des enfants qu’on la surnommait Mamie. 

École pré-primaire, école première ou grande école pour les petits ?

Crèche, jardin d’enfants, maternelle (petite, moyenne et grande section)… faisaient partie de ce que l’on appelait communément : enseignement pré-primaire ou préscolaire. Les enfants y étaient reçus dès l’âge de 3 ans et y restaient pendant 3 ans. Étaient concernés par l’instruction préscolaire, les individus qui n’avaient pas encore atteint l’âge requis d’inscription pour l’instruction primaire. Ces structures d’accueil faisaient offices de transition entre le cocon familial et l’enseignement obligatoire. Dans certains pays (Canada par exemple), le jardin d’enfants se substituait intégralement à l’école maternelle.

Pour tout vous avouer, j’avais toujours cru que cette étape de l’éducation était obligatoire et gratuite pour tout enfant. Je m’apercevais maintenant combien ça dépendait du niveau de vie des familles. Étrangement, bon nombre de ces structures d’accueil se trouvaient être privées (90% selon le Global Partnership, 2014). Et la plupart de ces enceintes préscolaires se concentraient dans les grandes métropoles guinéennes et notamment à Conakry. Dans les campagnes, il n’était pas impossible de ne trouver aucune école préscolaire mise à part quelques centres communautaires notamment à N’ zérékoré, Kindia et Faranah (Banque Mondiale, 2011). 

Ce n’était pas à l’école primaire qu’on commençait à apprendre !

Pour en savoir davantage sur ma propre expérience du jardin d’enfants, j’écrivais à Mamie Odile. Qui d’autre qu’elle pouvait répondre à mes interrogations ! La pauvre Mamie était à la retraite depuis la fermeture définitive du jardin d’enfants de Fria. Qu’à cela ne tienne, la vieille dame se souvenait encore de ce lieu de socialisation où chaque enfant apprenait à vivre avec l’autre. Pour elle, il y avait cette fausse idée de croire que c’était à l’école primaire que débuterait la scolarisation de l’enfant. C’était d’abord l’expérience puis venait ensuite la théorie me martelait-elle au téléphone lorsque nous poursuivions la conversation initiée quelques heures plus tôt par mail.

« C’était d’abord l’expérience puis venait ensuite la théorie. » Mamie Odile, Jardin d’enfants Friguia Kimbo.

Manifestement, Mamie Odile était remontée contre l’Éducation guinéenne. Elle n’avait cessé de se plaindre sur la qualité de l’enseignement désormais inculqué aux générations actuelles et sur le manque de classe pré-primaire. Pourtant, les premières expériences étaient acquises dans ces structures d’accueil arguait-elle. De son temps, deux heures de la journée étaient consacrées aux jeux créatifs pour laisser libre cours à l’imagination de l’enfant. Il s’agissait de faire confiance à l’enfant en sa capacité à savoir et choisir ce qu’il veut faire. Une initiative qui contribuait au développement cognitif de ce dernier finissait-elle par confier comme pour conclure notre échange.

Après tout, la vie était un jeu et seuls les enfants y jouaient bien.

Mamie Odile n’avait nul besoin de me convaincre sur l’intérêt premier de l’école préscolaire. Il allait sans nul doute que l’instruction primaire se préparait dans les classes préscolaires. C’était là-bas que les enfants déchiffraient les mots et le langage grâce à un large panel d’activités pédagogiques : apprendre à ranger les couleurs, les formes, à dessiner, à intégrer les vocabulaires à travers les comptines, les chants, les contes et légendes…C’est au sein de ces pépinières de créativité que l’individu se construisait une base d’expériences stimulantes pour son cerveau. 

Pour l’institutrice de l’école Koichiro Matsuura, si l’enfant était privé du préscolaire, il partirait à l’école primaire sans cette chose qui ferait toute la différence dans son parcours éducatif. En effet, elle prenait l’exemple de certains écoliers pour lesquels elles répétaient plusieurs fois le cours pour les amener à intégrer durablement ce savoir nouveau. Apprendre pour un enfant signifiait faire des liens, des ponts et des connexions entre un vécu et une nouvelle assimilation. C’était d’autant plus difficile pour ces enfants si leur cerveau était encore vierge de toute expérimentation sur laquelle ils pouvaient rattacher une nouvelle connaissance élémentaire. 

Me concernant, j’avais appris par mon contact avec les enfants que le plus intelligent n’était pas forcément le plus doué en calcul mental. En réalité, il existait autant de chemins pour mener une connaissance au cerveau qu’il existait des intelligences multiples. Il en était de même pour les styles d’apprentissage comme je l’écrivais ici sans prétention scientifique. Bref, vous l’aurez également compris : les enfants n’apprenaient jamais à partir de rien. Lamine tout comme ses pairs ne devraient donc pas entrer à l’école primaire sans cette banque d’expériences sensorielles, construite à l’école préscolaire.

À suivre !

Parce que le bien-être des enfants et des femmes est sacré.

lgednancy

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