Guinée : L’enfant est-il suffisamment protégé ? 

enfant

Au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant, la Guinée a adopté en 2008 un ensemble de textes de loi portant le nom de « code de l’enfant guinéen ». Dans le souci de cerner avec précision le bien-fondé de ce code, nous avons effectué une comparaison avec la réalité de l’enfance en Guinée.

Contexte général 

« Tout être humain âgé de moins de 18 ans est un enfant. Tout enfant est enregistré dès sa naissance. Il a droit à la vie, à un nom, à une nationalité, à l’éducation et à la santé. »

L’enregistrement des naissances : un droit naturel mais bafoué 

Article 157 à 160 : Les déclarations de naissance seront faites dans les six mois qui suivent l’accouchement à l’officier de l’état civil du lieu. Dans certaines circonstances ce délai est porté à 8 mois. C’est le père, chef de famille qui procède à la déclaration. À défaut, les médecins, sages-femmes ou autres personnes présentes lors de l’accouchement peuvent déclarer le nouveau-né.

Qu‘en est-il dans la réalité ?

En Guinée, enregistrer un enfant a un coût et ceux issus des ménages pauvres restent les plus discriminés. Rien qu’en 2014, environ 821 000 enfants de moins de 5 ans n’étaient pas enregistrés et près de 1,141,000 enfants étaient sans extrait de naissance. Ils vivent généralement dans les zones reculées où un manque cruel d’infrastructures et de personnels de santé se fait ressentir. 1 enfant sur 4 se retrouve donc sans identité juridique. Exclus et invisibles, ils ne peuvent prétendre à l’instruction scolaire car considérés comme apatrides par la loi.

L’Éducation guinéenne : un frein au potentiel créatif de l’enfant ? 

Plus de 17% de la population en âge d’aller à l’école primaire ne fréquente pas l’école. Seulement 50% des enfants les plus pauvres entrent à l’école primaire et rien que 46% arrivent en dernière année. Quant au taux de survie en dernière année d’école primaire, il est de 58,6% (Chiffres de l’Unicef, 2015). Inutile de s’attarder sur les statistiques puisqu’elles ne reflètent en aucun cas la qualité de l’instruction scolaire. En réalité chaque année, les enfants qui sortent de l’école primaire présentent de graves lacunes en expression orale, des acquis fragiles en lecture et écriture. C’est avec un tel handicap que la plupart poursuivent leur scolarité jusqu’à l’université. Or, l’éducation devrait normalement interrompre le cycle intergénérationnel de la pauvreté. Et si, au contraire, notre système éducatif entretenait la pauvreté future des enfants ? En effet, le potentiel créatif de l’enfant se trouve sans cesse entravé dans son développement à cause d’un environnement éducatif inadapté. Dans un tel cadre, ne faudrait-il pas instaurer sans tarder de nouvelles formes d’apprentissage ? Ne serait-il pas temps d’apprendre aux enfants à apprendre ? Cela ne deviendrait possible que si les éducateurs tenaient compte des différences de compréhension de chacun d’eux.

L’Excision : une pratique barbare qui transgresse la loi

Article 405 à 410 : Toutes les formes de mutilations génitales féminines (MGF) pratiquées par toute personne quelle que soit sa qualité sont interdites en République de Guinée. Quiconque par des méthodes traditionnelles ou modernes aura pratiqué ou favorisé les mutilations génitales féminines ou y aura participé, se rend coupable de violences volontaires sur la personne de l’excisée. Tout acte de cette nature est puni d’un emprisonnement de 3 mois à 2 ans et d’une amende de 300 000 à 1 000 000 de francs guinéens ou de l’une des ces deux peines seulement.

96,9% c’est le taux de prévalence des MGF en Guinée. Il est frappant de constater qu’il n’ y a eu aucune baisse significative depuis 1999. Parmi les filles de 10-14 ans, 80% sont déjà excisées. 51% d’excisées parmi les fillettes de 5-9 ans et 14% de mutilés parmi les enfants de 0-4 ans. Inconcevable ! Comment les auteurs d’excision arrivent-ils à court-circuiter les lois ? Soulignons que le premier cas « connu » de condamnation d’un exciseur en Guinée n’a eu lieu qu’en 2014. Une femme a été condamné à 2 ans de prison avec sursis à Conakry. En général, les auteurs ne font l’objet que d’une détention provisoire et sont ensuite relâchés sans aucune condamnation. En Guinée, l’excision n’est pas seulement pratiquée dans les zones rurales mais également dans les grandes villes comme la capitale Conakry. Comment protéger les enfants d’une telle pratique si aucune loi n’est rigoureusement appliquée ?

Le viol : un fléau qui gangrène la société guinéenne

Article 352 : Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’un Enfant par violence, contrainte ou surprise, constitue un viol. Le viol sera puni de la réclusion criminelle à temps de 10 à 20 ans et d’une amende de 1 000 000 à 2 500 000 francs guinéens lorsqu’il aura été commis sur un enfant de moins de 14 ans. La tentative de viol sera punie comme le viol lui-même.

De 2013 à 2015, environ 251 cas de viols sur des fillettes ont été enregistrés en Guinée. Et de Janvier à novembre 2016, nous avons pris connaissance d’au moins une quarantaine de viols sur les mineures. Indignons-nous, scandalisons-nous, révoltons-nous tant que cela peut soulager notre conscience. Mais que faisons-nous concrètement pour protéger l’innocence de nos enfants ? Sans rentrer dans les détails, l’impunité des auteurs, le cafouillage des autorités et la corruption des familles des victimes font bon ménage en Guinée. Une forme de sournoiserie s’installe laissant les criminels impunis. Face à de telles injustices, que vaut encore l’article 352 du code de l’enfant guinéen ? Et la victime ? Cette fillette privée de son enfance, bénéficie-t-elle de tous les soins et assistances pour se réparer ?

Les enfants des rues : où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? 

Ils viennent tous d’une maison et aujourd’hui, ils sont considérés par la société comme des vagabonds. Les enfants des rues sont des enfants qui n’ont aucune attache familiale et qui vivent jour et nuit dans la rue. Combien sont-ils en Guinée ? Parmi toutes les sources consultées dans le cadre de cette publication, nous nous sommes heurtés à la rareté des données chiffrées. À Conakry, les enfants des rues sont cireurs de chaussures, laveurs de vitres, porteurs sur les marchés, revendeurs sur les voies publiques ou prostitués. Pour eux, la rue constitue le lieu d’origine de leurs ressources économiques. Sous l’emprise de la drogue et de l’alcool, ils présentent de graves troubles de santé mentale. Comment en sont-ils arrivés là ? Pour comprendre les enfants des rues, il faudrait d’abord commencer par les recenser et leur donner la parole pour connaître leur histoire. Malheureusement jusque-là, aucun plan d’action stratégique n’a été élaboré pour les retirer des rues. N’en parlons pas d’ailleurs, de leur réinsertion au sein de la société. Ces enfants seraient-ils donc transparents à ce point ?

Pour finir, nous avons tous une grande responsabilité envers les enfants : la société, la famille, l’école et l’État. L’enfance est une période très sensible et immensément fondatrice du devenir de l’enfant. Et pourtant, notre système impose ses propres lois piétinant ainsi les droits des enfants. Tout comme les adultes, les enfants aussi attendent de la vie. Ils veulent grandir et s’épanouir dans une société protectrice qui les encourage à devenir meilleurs. Commençons donc par apprendre aux enfants, leurs droits et à la société ses devoirs envers eux.

Pour aller loin : Code de l’Enfant Guinéen

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